Qualité de l’air intérieur et performance énergétique : les enseignements structurants du Hub Air Énergie

L’expérimentation

Dans un contexte marqué par le renforcement des exigences en matière de transition énergétique et par une attention accrue portée à la santé des occupants, la qualité de l’air intérieur (QAI) s’impose comme un enjeu stratégique pour le secteur du bâtiment. Longtemps traitée de manière dissociée des politiques énergétiques, elle tend aujourd’hui à être intégrée dans une approche globale de la performance des bâtiments. C’est dans cette perspective que le Cerema et l’IFPEB ont piloté le programme national « Hub Air Énergie ».

Déployée entre 2022 et 2024, cette expérimentation a mobilisé un panel représentatif de bâtiments tertiaires et d’établissements d’enseignement, avec pour ambition de démontrer la possibilité de concilier amélioration de la qualité de l’air intérieur et maîtrise des consommations énergétiques. En s’appuyant sur une démarche à la fois scientifique, opérationnelle et collaborative, le dispositif a associé étroitement maîtres d’ouvrage, exploitants, gestionnaires et usagers, afin d’analyser les conditions réelles d’exploitation et d’identifier des leviers d’action concrets.

Le protocole mis en œuvre reposait sur une combinaison de mesures environnementales (dioxyde de carbone, composés organiques volatils, particules fines), d’observations de terrain et d’analyses des pratiques. Ce suivi dans la durée a permis de caractériser finement les dynamiques de qualité de l’air et leurs interactions avec les systèmes de ventilation, les conditions d’occupation et les modes de gestion des bâtiments.
 

Les enseignements opérationnels

Les résultats du Hub Air Énergie confirment tout d’abord que la QAI et la performance énergétique ne relèvent pas d’objectifs antagonistes. Au contraire, leur articulation apparaît comme un facteur clé de performance globale, à condition de mobiliser conjointement plusieurs leviers complémentaires. La sobriété constitue un premier axe structurant, en évitant notamment les surventilations inutiles génératrices de surconsommations. Elle s’accompagne d’une recherche d’efficacité des systèmes, fondée sur l’adaptation des débits d’air aux besoins réels, ainsi que d’une meilleure maîtrise des sources de pollution, qu’elles soient liées aux matériaux, aux produits ou aux usages.

Au-delà des aspects techniques, l’étude met en lumière le rôle déterminant du pilotage des bâtiments et de leur gouvernance. De nombreux écarts de performance observés s’expliquent moins par des défauts de conception que par des insuffisances dans l’exploitation, le réglage ou la maintenance des installations. À cet égard, la montée en compétence des acteurs, la clarification des responsabilités et la mise en place d’outils de suivi des performances apparaissent comme des conditions essentielles d’amélioration durable.
 


La question des usages constitue également un levier majeur. L’expérimentation souligne l’intérêt de rendre la qualité de l’air visible et compréhensible pour les occupants, notamment à travers des indicateurs simples tels que les niveaux de CO₂. Cette transparence favorise l’appropriation des enjeux et contribue à faire évoluer les comportements, dans une logique de co-responsabilité.

Par ailleurs, les observations de terrain révèlent une forte hétérogénéité des situations. Si la qualité de l’air intérieur se situe globalement à des niveaux acceptables dans une majorité de cas, des marges de progrès significatives subsistent. Elles concernent en particulier l’entretien des systèmes de ventilation, la cohérence des réglages et l’adaptation des équipements aux usages réels. Ces constats plaident pour un renforcement des référentiels techniques, des pratiques de contrôle et des dispositifs d’accompagnement.

En apportant des enseignements opérationnels fondés sur des retours d’expérience concrets, le Hub Air Énergie contribue à structurer une approche intégrée de la performance des bâtiments, au croisement des enjeux sanitaires, environnementaux et énergétiques. Les travaux menés par le Cerema et l’IFPEB constituent ainsi un socle de référence pour les acteurs publics et privés, appelés à concevoir, exploiter et rénover des bâtiments plus sobres, plus sains et mieux adaptés aux usages.

Dans un contexte de transformation du cadre réglementaire et d’évolution des attentes sociétales, l’intégration de la qualité de l’air intérieur dans les stratégies de gestion immobilière apparaît désormais incontournable. Elle participe pleinement d’une vision renouvelée de la performance, entendue non plus comme la seule optimisation des consommations énergétiques, mais comme la capacité des bâtiments à garantir durablement le bien-être, la santé et le confort des occupants, tout en répondant aux objectifs de transition écologique.


Pour en savoir plus